L'arbre, cet artiste de la lenteur...

22 septembre 2017



En tant qu'amoureuse de la nature, je voue un véritable culte à l'Arbre. Lorsque l'on parle de bonnes vibrations ressenties dans un espace de nature, on peut penser de suite à la présence de l'eau apaisante, l'observation d'un animal, la contemplation d'une fleur. Me concernant c'est la vue d'un arbre ou simplement sa présence à proximité, qui m'apaise...

Découvertes scientifiques incroyables concernant la communication entre arbres, commune utilisation urbaine dans l'aménagement du territoire, élément de support de biodiversité ou poumon vert redoutable pour s'adapter au changement climatique. Ses fonctions sont bien multiples, à la fois au sein du vivant mais pour l'Homme aussi.



L'envie de lui dédier un article entier, est devenue une évidence, me ramenant aussi par ce biais là, à mon véritable cœur de métier, qui me passionne tant!
Ce post sera donc à mi-chemin entre l'article "inspiration" et l'article plus technique issu d'une bibliographie scientifique mais aussi d'ouvrages de vulgarisation sur le sujet. Loin de là l'envie d'être exhaustive (il faudrait bien plus d'un article), le but est de donner quelques éléments de réflexion issus de mes propres connaissances sur le sujet, sur sa place et sa symbolique dans notre société, son rôle central au sein du vivant et son influence sur notre comportement. 
Enfin, au delà de l'arbre dans son milieu naturel, c'est encore plus sa place et celle de la nature de manière générale dans nos villes sur lequel il me semble important d'insister...





Une évolution de la place de la nature et de l'arbre en ville


L'architecture des villes européennes ont fortement évolué au cours des dernières décennies, aussi rapidement que la montée en puissance des nouvelles technologies dans nos modes de vie, si on devait faire un parallèle. Cette évolution a ainsi inversé notre propre rapport au vivant. Beaucoup de villes au début du XIXeme siècle ont répondu à un argumentaire hygiéniste d'embellissement - l'exemple des alignements d'arbres plantés le long des boulevards - d'une ville plaisante, très fort à cette période-là. La démarche était ainsi de dessiner la ville voire de la fleurir sans penser, comme aujourd'hui, à son fonctionnement écologique. Cette vision-là s'est étendue jusqu'à la moitié du XXème siècle dans les modèles de villes européennes. 

La nature spontanée a été éradiquée,
l'animal a été repoussé en dehors de la ville, considéré comme vecteur de maladies,
l'eau est devenue synonyme de risques, elle a été dissimulée et les cours d'eau endigués et canalisés,
le végétal a été simplement réduit à un outil d'aménagement paysager, au même titre que l'architecture des bâtiments.

A partir de la fin du XXeme siècle, on assiste à une reconquête de la nature dans la ville par l'intégration de la notion de biodiversité. Un seul élément de nature ne suffit pas à maintenir son équilibre. Mais c'est bien toute la chaîne du vivant qui constitue sa force et sa résilience face aux changements... climatiques, écologiques, humains. En revenant en arrière, on réinvestit la ville avec de l'organique jusqu'aux pieds de nos lieux de vie.

Avec l'essor d'espaces fleuris ou enherbés sur nos trottoirs, le long des routes, 
la gestion des espaces verts de manière différenciée laissant la place au spontané et réduisant voire supprimant l'usage de produits phytosanitaires,
les arbres sont replantés de manière moins paysagères devenant des éléments précieux voire "sacrés" du vivant et du domaine du patrimoine,
la faune est à nouveau invitée dans la ville, de la plus petite (refuges à insectes) à la plus atypique (nichoirs à chiroptères),
l'eau est exposée aux yeux des habitants et sa présence est mise en valeur (zones humides intégrées dans des projets d'écoquartier par exemple). 

Les pays scandinaves ont été aussi bien  en avance sur ce sujet, avec l'exemple de la première forêt urbaine en Europe située à Oslo en Norvège. Ou l'objectif de la ville de Copenhague de rendre accessible les espaces de nature en permettant à chaque habitant d'en trouver à moins de 200 m de leur domicile.

Enfin, on note le passage d'une esthétique urbaine (l'espace vu comme un décor) vers une esthésique urbaine ou esthétique écologique (l'espace vu comme ambiance). La ville passe d'un espace fonctionnel à un espace de bien-être. On retrouve le plaisir du sensoriel, en vivant davantage l'expérience de voir, entendre, sentir ou toucher cette nature environnante.







Une présence indispensable au sein d'un système vivant


L'arbre est un élément du vivant indispensable grâce à ses multiples fonctions. Les chercheurs ont identifié son impact sur l'Homme et son milieu de vie au travers des nombreux "services" qu'il rend au vivant : 
    • il absorbe un certain nombre de polluants (notamment le Carbone) grâce à ses feuilles contribuant ainsi à une meilleure qualité de l'air. Il purifie l'air en absorbant le CO2 et en y rejetant de l'oxygène.
    • il agit en synergie avec le végétal sur ce qu'on appelle l'effet "ilôts de chaleur" en abaissant la température à l'échelle du quartier voire de la ville. Une étude de l'agence parisienne du climat a mis en évidence que la température nocturne de Paris était diminuée de trois degrés en période de canicule en simulant l'ajout de végétal dans la ville. L'arbre est ainsi un outil d'adaptation indispensable au changement climatique au même titre que l'action de l'arbre seul sur le confort thermique des bâtiments par exemple.
    • il est une réelle barrière contre le vent en offrant une protection. Cela entraîne une réduction du renouvellement de l'air à proximité des surfaces des bâtiments d'un immeuble par exemple et donc des échanges de chaleur et d'humidité entre celles-ci et l'air. 
    • son système racinaire stabilise un sol qui a été malmené à la fois en termes d'agriculture mais aussi en termes d'étalement urbain. 
    • enfin, c'est un support de biodiversité en abritant une faune et flore exceptionnelles telles que les insectes, les champignons et les petits mammifères.






Une symbolique puissante pour notre bien-être


L'arbre, et de manière générale la nature, sont souvent associés à des espaces récréatifs jouant sur notre bien-être : le parc où l'on aime aller courir ou la forêt où l'on va se balader. Lié à la notion d'aménité paysagère, il possède une symbolique très forte. 

Ainsi, l'arbre fait partie d'un patrimoine naturel. Le vieil arbre, celui du patrimoine culturel d'une ville. Savez-vous que l'arbre est l'artiste de la lenteur? Son rythme biologique long nous invite à repenser le temps et le rythme urbain, suscitant de la patience. Il nous calme et nous apaise car son cycle de vie se situe sur un temps long, à l'opposé du rythme de développement de la ville. 
Comme l'Homme, l'arbre est aussi un être vivant sensible au travers de l'odeur (il émet ses propres odeurs), du langage (par des systèmes de communication chimique entre arbres) et du son (le son a par exemple un impact sur la germination des plantes!). 

L'arbre a cette capacité à nous faire ralentir dans nos vies. "Indéniablement, la Nature et les arbres ont considérablement des choses à nous apprendre... c'est à nous d'observer et d'écouter". Il retrouve peu à peu sa place en ville car "l'architecture et la vie des arbres sont similaires à celles des Hommes en de nombreux aspects" (Ernst Zürcher). 

Il symbolise la connexion des citadins à la nature et constitue un bon médiateur vers la nature de proximité. 
Connaissez-vous la sylvothérapie? Cette pratique japonaise qui a pour but de nous relaxer, détendre et transmettre de l'énergie par le seul contact ou la proximité d'un arbre. Arrivée en Occident, la sylvothérapie est une médecine préventive à part entière institutionnalisée au Japon. 
Il existe différents types de pratiques et de déclinaisons au travers de la respiration sylvique (technique de respiration méditative), l'enracinement (forme d'ancrage dans l'instant présent), la méditation simple ou le toucher (ou comment faire un gros câlin à un arbre... si si c'est redoutablement efficace!!).

 



Aujourd'hui encore, ou du moins dans les sociétés occidentales, l'arbre est plus considéré en milieu urbain comme outil d'aménagement du territoire. Mais certaines villes montrent déjà l'exemple en leur redonnant leur vraie fonction. Celle qui va jouer sur notre bien-être, notre cadre de vie aussi. 

Plus largement, au delà de l'importance de l'arbre, la plus grande avancée est de prendre conscience du vivant qui nous entoure, et de sa valeur, notamment en dehors des espaces naturels, comme dans nos lieux de vie de plus en plus minéralisés. Cela permet de changer notre regard sur la nature urbaine, et d'accepter une nature plus spontanée, sauvage, imparfaite...




Références :
  • Francis Hallé - botaniste et spécialiste des forêts primaires, philosophe des arbres
  • Peter Wohlleben - "La vie secrète des arbres"
  • Marc Dumont - publication scientifique pour l'Université d'Orléans "de l'esthétique à l'esthésique urbaine : l'émergence du bien-être dans les politiques urbaines en France"

2 commentaires:

  1. "L'arbre a cette capacité à nous faire ralentir dans nos vies" >> Like-it
    "Tout n'est q'un" disent les Aborigènes.

    Film : l'intelligence des arbres
    Date de sortie 27 septembre 2017 (1h 20min)
    De Julia Dordel, Guido Tölke
    Genre Documentaire
    Nationalité allemand

    https://www.youtube.com/watch?v=U_L-u951BLM

    Voilà, comment faire moins ?
    Bisous du "Green Lot" ':-))
    D@mi

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Génial merci Domi ! Belle semaine à toi (;-)

      Supprimer

CopyRight © | Theme Designed By Hello Manhattan